18 déc. 2008

Je mets ta physique

Je te l’avais bien dit avant mon absence blogesque, je suis un éternel anxieux. Quoique cette fois-ci, je serai plutôt du genre flippé comme Kierkegaard ou en train de vomir façon Sartre…D’abord, parce que je suis pas du genre à déprimer tellement que je m’éclate la panse à grands renforts de chocolats (pour ça, les fêtes de Noël s’en chargent très bien), et d’autre part parce que j’intellectualise beaucoup trop pour me morfondre sans chercher une cause psycho-psychanalytico-pathologico-métaphysico-prise-de-chou.

Et ce qui taraude mon esprit sinueux (j’hésitais pas mal avec "tortueux" ou "tordu", mais je crois que les trois fonctionnent), outre le fait que ce soit encore mon petit nombril poilu, c’est l’acceptation de ma propre banalité. Ceci dit, l’acceptation de la banalité des autres ça me passe un peu au-dessus (et toi aussi je suppose, tu en conviendras). Pour te donner un exemple, je fais partie des 33 % de la population masculine qui se fout totalement, non mais alors complètement, du fait que chaque cheveu de son crâne a envie de se faire la malle sans revenir. Ce genre de considération, ça te touche toi quand ça t’arrive à toi. Le sentiment de banalité…ben… c’est pareil. C’est un peu comme l’idée de perdre les cheveux de son originalité.

Et ça a de douloureux que, d’une part, c’est impossible à partager (bon, à part ici… enfin… je crois…), mais que d’autre part, ça me renvoie prestement le cul sur ma chaise, ce dernier ayant été habitué à péter plus haut que lui-même depuis que je me dis que j’ai des projets ("projet"… un terme vachement pratique… ça désigne à peu près tout et n’importe quoi).

Le sentiment de banalité, c’est se dire que, on a beau être soi, on est quand même Monsieur-tout-le-monde. C’est se dire que les idées qu’on a eu ou qu’on aura, on est loin d’être le premier à les avoir et certainement pas le dernier. C’est par exemple croire qu’on va aller sur une petite crique déserte et se retrouver sur une plage bondée. Ou encore, c’est croire qu’on va composer la musique de la décennie ou écrire le livre qui va décrocher le prix Renaudot et se retrouver finalement avec vaguement un truc qui ressemble à plein d’autres. C’est se rendre compte que, toi aussi, en prenant de l’âge, il faut que tu commences à surveiller cette bouée adipeuse qui s’accroche à ton ventre comme un boa constrictor s’accroche à sa proie. C’est se rendre compte que, toi aussi, chaque lundi matin en arrivant au bureau, tu attends impatiemment le WE en prenant toute la mesure de cette toute petite expression insignifiante "métro-boulot-dodo" et que toi aussi tu déteste cette expression à peu près autant que ta voisine du dessous qui râle parce que la télé est trop forte après 22h… bref, que toi aussi : tu es comme les autres.

Alors ne me sors pas les phrases du genre "mais tu sais Grouik, on a beau être tous pareils, chacun est unique"… trop banal…

Donc, voilà, je me retrouve avec ce sentiment d’appartenance à un groupe indifférencié quand j’ai envie d’unicité et de me sentir exceptionnel.

Vais aller manger un Werthers Original tiens…